deux

De quoi ça parle ? :

Un vieux mourant est hypnotisé par sa jeune femme et son amant afin de mettre la main sur toute sa fortune.

Un photographe spécialisé dans les scènes de crime atroce sombre dans la folie au contact d’un chat noir recueilli par sa compagne.

Un peu d'histoire :

En 1990 sortait ce film qui est une adaptation de deux célèbres nouvelles d'Edgar Allan Poe, "l'Etrange Cas de Mr. Valdemar" et "le Chat noir"

Que du trivial :

Au départ, Dario Argento voulait que ce film soit une collaboration entre quatre réalisateurs : George A.Romero, John Carpenter, Wes Craven et lui-même. Quand Carpenter et Craven se sont retirés du projet, les deux autres cinéastes ont décidé d’adopter la mouture que nous connaissons : un film  divisé en deux segments séparés.

Le segment “Le chat noir” contient plusieurs autres références à d’autres œuvres de Poe. Deux des scènes de crimes photographiées par Rod sont des clins d’œil  à « Le Puits et le Pendule » et « Bérénice » D’ailleurs le personnage interprété par Tom Savini (le dentiste criminel) est fardé pour ressembler à Edgar Allan Poe. La compagne de Rod s’appelle Annabel, « Annabel Lee » est le titre d’un poème de l’auteur tout comme « Eleonora » qui dans le film est le prénom de la barmaid qui rend à Rod la chatte enceinte. Enfin le voisin de Rod se fait appeler Pym. On supposera que son prénom est Arthur Gordon (« Arthur Gordon Pym est l’unique roman achevé de l’auteur).

Note imdb (sept. 2009) : 5,9 /10 (1806 votes)

Avis partagés :

1° Berardo :

Je laisserai le soin à mon comparse Olivier de juger la qualité de l’adaptation des nouvelles vu que c’est lui le big fan d’Edgar Allan Poe de la bande. Je ne vais donc m’attacher que sur l’aspect cinématographique de ces deux moyens métrages.

Même s’il souffre d’un visuel un peu désuet (les modes vestimentaires évoluent tellement vite !), le segment de Romero se suit sans le moindre ennui. J’adore l’idée maîtresse du film qui est de donner vie aux apparences que voudraient sauver un couple illégitime et malhonnête. A savoir faire croire à tous que le vieux mari est encore en vie alors qu’il est reclus dans le congélateur de la cave. Et c’est par les hasards d’une manœuvre d’hypnotisation qu’il continuera à les hanter. Passé les dialogues d’outre tombe assez flippants, Romero donnera vie au corps décrépi et là, les maquilleurs ne bâcleront pas leur travail. Pas devant la caméra du plus grand spécialiste du genre !!! (les zombies, Romero il connaît) ! Le final est franchement réussi, c’est dire que cette première frange assouvit toute nos attentes.

On pourrait comparer « Le chat noir » à un Shining miniature. Toute proportion gardée, Harvey Keitel étale tout de même son talent à incarner un personnage en totale dérive. C’est donc un chat (noir comme le veut la superstition) qui va être le catalyseur d’une folie latente qui couvait derrière une vie de couple totalement évanescente en l’absence d’un enfant pour la légitimer. Le héros va sombrer de plus en plus en tentant de masquer aux yeux de tous les dégâts qu’il aura engendrés à son entourage. Ce second segment nage dans des eaux beaucoup plus tortueuses donnant un cachet intemporel au récit. C’est très bien filmé tout du long mais la fin inéluctable, a contrario de son prédécesseur, se refermera sur une image que j’ai trouvée assez peu inspirée.

Voilà comment on se retrouve face à une entreprise somme toute originale qui, même si elle ne trône pas dans les films cultes de l’horreur, demeure tout de même de très bonne facture.

Ber

Note : 14/20 

Olivier :

George Romero et Dario Argento auraient-ils succombé au démon de la perversité cher à Edgar Allan Poe? En d'autres termes, auraient-ils transposé à l'écran l'œuvre du génial écrivain originaire de Boston pour la seule raison qu'ils savaient ne pas devoir le faire? Certes, entre les adaptations formelles de Roger Corman dans les années soixante, les multiples clins d'œil cinématographiques (The Crow, Ladykillers) et télévisuels (Simpson Horror Show) et autres films et courts-métrages pour la plupart tombés dans l'oubli, nombreux sont ceux qui se sont aventurés sur les terres étranges cultivées par le géniteur d'Arthur Gordon Pym. Hélas, ces entreprises furent rarement couronnées de succès. La faute à l'esprit d'analyse aigu de Poe, – sous son ramage lyrique Le Corbeau est le fruit d'une réflexion quasi mathématique, – à la structure narrative complexe de ses contes et à l'élégance de sa plume, sublimée de ce côté-ci de l'Atlantique par la traduction de Baudelaire – pour ne pas parler de réécriture. Autant d'écueils sur lesquels se sont brisées les tentatives les plus diverses et force est de constater que Deux yeux maléfiques ne déroge en rien à la règle.

Dans la première partie, George Romero s'ingénie à découvrir La vérité sur le cas de M. Valdemar. Choix pour le moins étrange avant même la première prise de vue. Récit cérébral et statique qui concentre son action dans la chambre d'un vieil homme à l'agonie, ce petit bijou d'horreur pure – dans sa conclusion – ne se prêtait guère à pareille adaptation. Romero en est bien conscient et, tel un zombie frondeur, pimente son histoire en y incorporant pêle-mêle une femme adultère, un médecin véreux, un héritage convoité… Il ne manque plus que JR et le tour est joué. Fort de son expérience, le réalisateur de La nuit des morts-vivants parvient toutefois à distiller un minimum de suspense jusqu'à ce que son fragile édifice ne s'effondre avec l'arrivé d'un Valdemar transfiguré façon Mister Freeze. Romero fait alors du Romero et nous livre un final étonnamment mollasson de sa part, à des années-lumières de la vision cauchemardesque – «une masse dégoûtante et quasi liquide, une abominable putréfaction» – décrite par Poe.

Dans la seconde partie de ce diptyque, Argento s'attaque au Chat noir avec la volonté farouche de moderniser ce grand classique de la littérature fantastique. On y retrouve ainsi un Harvey Keitel en photographe mondain vouant une haine sans bornes aux félidés, une épouse éthérée sortie tout droit d'une conférence pour la paix dans le monde et un couple de retraités petits-bourgeois et fouineurs dont la femme est interprétée par la Kim Zira Hunter de La planète des singes (le grimage en moins il va sans dire). Si, dans les grandes lignes, Argento respecte cette fois le support original, paradoxalement ce souci de nouveauté semble bien dérisoire aujourd'hui. Atmosphère vieillotte, personnages ringards, looks rétros et cet affreux béret dont est constamment affublé Keitel (suite à un pari perdu?), tout paraît incroyablement daté dans cette production contemporaine, à tel point qu'on se demande qui était là avant, du film ou de la nouvelle. On aurait volontiers pardonné à Argento cet égarement passager s'il nous avait tenus en haleine avec une intrigue digne de ce nom mais il saborde celle-ci à mi-parcours et pastiche à deux reprises la fameuse scène de «l'emmurement», tuant ainsi l'œuf dans la poule et avec lui nos derniers espoirs de voir une bonne adaptation du maître du fantastique.

Note : 10/20