vinyan

Avant-propos :

Avec un "Calvaire" salué par la critique, Du Welz mettait en avant le cinéma de genre belge auquel on ne croyait plus. La chance lui a été donnée en 2008 de s'essayer sur un nouveau métrage. Il n'abandonnera pas le Bis mais l'exprimera d'une toute autre manière...

Pitch :

Incapables d'accepter la perte de leur fils dans le Tsunami de 2005, Jeanne et Paul sont restés vivre en Thaïlande. S'accrochant désespérément au fait que son corps n'a pas été retrouvé, Jeanne s'est persuadée que son enfant a été kidnappé, dans le chaos qui suivit la catastrophe... qu'il est encore vivant. Paul est sceptique, mais ne peut pas briser le dernier espoir de sa femme. Le couple va alors embarquer dans une quête qui les plongera au fin fond de la jungle tropicale, au sein d'un royaume surnaturel où les morts ne sont jamais vraiment morts...

Point de vue d’Oli, qui a vu le film en premier lieu.

Ça relève du grand bizarre. On bascule lentement d’un psychodrame somme toute assez banal où un couple part à la recherche de son enfant disparu dans le tsunami à un récit complètement halluciné où Emmanuelle Béart – impressionnante malgré une composition quasi muette – perd les pédales et entraîne son mari dans une spirale infernale. La dernière demi-heure n’est d’ailleurs pas sans rappeler Apocalypse Now sous certains aspects avec son cortège de faciès à la Marlon Brando et quelques scènes d’une grande cruauté. Au final un ovni cinématographique – à l’instar de Calvaire – que j’aurais bien du mal à noter et dont je serais curieux d’avoir ton avis.

Olive

Eclairage de Berardo (sans qu’il ait lu l’avis d’Oli avant la projection de Vinyan)

Bienvenue dans la jungle. Ou plutôt devrais-je dire « Malvenue » dans la jungle. Rarement celle –ci ne m’était apparue aussi sournoise, délétère et horrifique à la fois. Pourtant ici point de Predator extraterrestre pour affoler les masses, ni de fauves sauvages en mal de barbaque fraîche. Non, la menace est beaucoup plus impalpable. Même si cette menace prend parfois les traits de petits êtres fangeux, le lieu nous renvoie plutôt vers la frontière invisible d’une sorte d’antichambre de la mort.

Mais il faut retourner en arrière pour bien comprendre le propos du film. Au travers de la quête d’un couple à la recherche d’un enfant à jamais perdu. Ceux-ci vont sombrer dans un no man’s land où on ne leur prévoit, dès le départ, aucune chance de retour. Comme si les dès étaient pipés. On est d’emblée, via le générique, transbahuté dans l’ambiance qui régira l’ensemble du métrage. On nous assène le nom des acteurs sur l’écran par des lettres gigantesques. L’écran disparaît derrière ces mots qui étouffent la toile.. Les premières minutes nous maintiennent dans un état constant de malaise par le biais d’un plan fixe sur des bulles d’air emprisonnées dans une mer que l’on devine déchaînée. L’image fixe est habillée d’une musique, évoquant une sirène annonçant l’Apocalypse, montant crescendo (et le reste de la bande son sera du même acabit : elle apparaîtra parfois subrepticement pour appuyer certaines scènes).  Dans ce maelstrom, on devinera sporadiquement des cheveux glissant sur une vague sous marine. La métaphore du monstrueux Tsunami Thaïlandais ne peut plus échapper à personne. Le piège imaginé par le réalisateur est déjà tendu. Dès qu’on voit Emmanuelle Béart, on n’est de suite attiré vers son regard et la flamme de vie qui y vacille, pour remarquer, que plus le film avance, plus celle-ci tend à s’éteindre inexorablement. L’actrice va entraîner son époux, presque malgré lui, dans des chemins de traverse afin d’aller au plus profond de sa négation de la mort de son fils. Et c’est isolé du monde et confronté à une sorte de primalité de la Nature qu’ils vont réellement entreprendre leur chemin de croix. C’est vrai que tout le final renvoie à Apocalypse now. La jungle hostile, le sanctuaire perdu au milieu des feuillus. Mais ici, on tombe en plein mysticisme, en plein onirisme cauchemardesque dont on veut se défaire, nous spectateur impuissant. L’épilogue en devient inéluctable et on ne sait plus dire le moment exact où le métrage a basculé dans le surnaturel tant celui-ci sourdait depuis le départ.

Mon dieu quelle expérience déroutante et ce, jusqu’au plan (presque final), où le mari atteint la croisée des chemins tel une rock star étouffée par son public (tel des groupies lui arrachant vêtements et tripes) sur une fresque de Bosch évoquant un Enfer en perpétuel mouvement. C’est tout bonnement grandiose dans la noirceur. Car oui ce film est noir. Mais comment peut-on aimer un film pareil me direz vous ? La réponse est simple. Car il  réussit à nous convier à une expérience inédite (je dirai même plus interdite). Et c’est les tripes retournées que l’on rentre chez soi, retrouver ses petites pantoufles comme si on venait d’effectuer un saut à l’élastique. Volubile comme jamais afin d’essayer de partager son expérience avec sa compagne (trop froussarde pour voir l’œuvre de visu). Et si ce n’est  pas cela que l’on demande au cinéma, c’est que je n’y comprends plus rien. Chapeau bas Monsieur Fabrice Du Welz.

Ber