05 novembre 2009
10. LOS CRONOCRIMENES de Nacho Vigalondo
De quoi ça parle ? :
Un homme fait fortuitement un bond dans le passé, ce qui l’entraînera dans une succession complexe d’événements pour réparer cette erreur de parcours.
Un peu d'histoire :
Le film remporta un prix au festival Gerardmer 2009 : le meilleur film sorti en Direct-to-Video.
Que du trivial :
Nacho Vigalondo, le réalisateur, s’est fait connaître avec un court métrage remarqué (« 7 :35 de la manana »). Celui-ci fût même nominé aux Oscars 2004 ! Il raconte un improbable hold-up sur fond de karaoké forcé. Pour l’avoir vu, cela vaut vraiment la peine d’y jeter un œil.
Note imdb (sept. 2009) : 7,2 /10 (4592 votes)
Avis partagés :
1° Berardo :
Il était vraiment temps que l’on fasse honneur au cinéma de genre hispanique dans cette rubrique qui en manquait cruellement. Je vais tout bonnement consacrer notre dixième critique (soufflez les bougies !) à pallier à cet état de fait qui frise le vagabondage d’esprit devant une réalité qualitative.
A contrario du film « Primer » (Grand prix à Sundance en 2004) qui traitait des voyages dans le temps de façon hyper scientifique à la limite de la compréhension (ce genre porte le nom de hard science fiction), Vigalondo opte, quant à lui, pour une mise en scène beaucoup plus ludique.
Partant d’une situation initiale à première vue simpliste, il tissera autour de cette scène motrice, un embrouillamini temporel assez jubilatoire. Du coup notre petite déception de nous croire devant un film pas assez ambitieux se mue en une totale adhésion devant le puzzle cinématique de la deuxième partie du film.
Rien à redire non plus du côté de l’interprétation que j’ai trouvée irréprochable
Même s’il on n’est finalement que face à un habile exercice de style, moi je n’en demande pas plus à un néo réalisateur qui a bien le temps d’étoffer sa filmographie d’œuvres plus personnelles et profondes.
Note : 15/20
Ber
2° Olivier :
11 septembre 2009
9. DUE OCCHI DIABOLICI de George Romero et Dario Argento
De quoi ça parle ? :
Un vieux mourant est hypnotisé par sa jeune femme et son amant afin de mettre la main sur toute sa fortune.
Un photographe spécialisé dans les scènes de crime atroce sombre dans la folie au contact d’un chat noir recueilli par sa compagne.
Un peu d'histoire :
En 1990 sortait ce film qui est une adaptation de deux célèbres nouvelles d'Edgar Allan Poe, "l'Etrange Cas de Mr. Valdemar" et "le Chat noir"
Que du trivial :
Au départ, Dario Argento voulait que ce film soit une collaboration entre quatre réalisateurs : George A.Romero, John Carpenter, Wes Craven et lui-même. Quand Carpenter et Craven se sont retirés du projet, les deux autres cinéastes ont décidé d’adopter la mouture que nous connaissons : un film divisé en deux segments séparés.
Le segment “Le chat noir” contient plusieurs autres références à d’autres œuvres de Poe. Deux des scènes de crimes photographiées par Rod sont des clins d’œil à « Le Puits et le Pendule » et « Bérénice » D’ailleurs le personnage interprété par Tom Savini (le dentiste criminel) est fardé pour ressembler à Edgar Allan Poe. La compagne de Rod s’appelle Annabel, « Annabel Lee » est le titre d’un poème de l’auteur tout comme « Eleonora » qui dans le film est le prénom de la barmaid qui rend à Rod la chatte enceinte. Enfin le voisin de Rod se fait appeler Pym. On supposera que son prénom est Arthur Gordon (« Arthur Gordon Pym est l’unique roman achevé de l’auteur).
Note imdb (sept. 2009) : 5,9 /10 (1806 votes)
Avis partagés :
1° Berardo :
Je laisserai le soin à mon comparse Olivier de juger la qualité de l’adaptation des nouvelles vu que c’est lui le big fan d’Edgar Allan Poe de la bande. Je ne vais donc m’attacher que sur l’aspect cinématographique de ces deux moyens métrages.
Même s’il souffre d’un visuel un peu désuet (les modes vestimentaires évoluent tellement vite !), le segment de Romero se suit sans le moindre ennui. J’adore l’idée maîtresse du film qui est de donner vie aux apparences que voudraient sauver un couple illégitime et malhonnête. A savoir faire croire à tous que le vieux mari est encore en vie alors qu’il est reclus dans le congélateur de la cave. Et c’est par les hasards d’une manœuvre d’hypnotisation qu’il continuera à les hanter. Passé les dialogues d’outre tombe assez flippants, Romero donnera vie au corps décrépi et là, les maquilleurs ne bâcleront pas leur travail. Pas devant la caméra du plus grand spécialiste du genre !!! (les zombies, Romero il connaît) ! Le final est franchement réussi, c’est dire que cette première frange assouvit toute nos attentes.
On pourrait comparer « Le chat noir » à un Shining miniature. Toute proportion gardée, Harvey Keitel étale tout de même son talent à incarner un personnage en totale dérive. C’est donc un chat (noir comme le veut la superstition) qui va être le catalyseur d’une folie latente qui couvait derrière une vie de couple totalement évanescente en l’absence d’un enfant pour la légitimer. Le héros va sombrer de plus en plus en tentant de masquer aux yeux de tous les dégâts qu’il aura engendrés à son entourage. Ce second segment nage dans des eaux beaucoup plus tortueuses donnant un cachet intemporel au récit. C’est très bien filmé tout du long mais la fin inéluctable, a contrario de son prédécesseur, se refermera sur une image que j’ai trouvée assez peu inspirée.
Voilà comment on se retrouve face à une entreprise somme toute originale qui, même si elle ne trône pas dans les films cultes de l’horreur, demeure tout de même de très bonne facture.
Ber
Note : 14/20
Olivier :
George Romero et Dario Argento auraient-ils succombé au démon de la perversité cher à Edgar Allan Poe? En d'autres termes, auraient-ils transposé à l'écran l'œuvre du génial écrivain originaire de Boston pour la seule raison qu'ils savaient ne pas devoir le faire? Certes, entre les adaptations formelles de Roger Corman dans les années soixante, les multiples clins d'œil cinématographiques (The Crow, Ladykillers) et télévisuels (Simpson Horror Show) et autres films et courts-métrages pour la plupart tombés dans l'oubli, nombreux sont ceux qui se sont aventurés sur les terres étranges cultivées par le géniteur d'Arthur Gordon Pym. Hélas, ces entreprises furent rarement couronnées de succès. La faute à l'esprit d'analyse aigu de Poe, – sous son ramage lyrique Le Corbeau est le fruit d'une réflexion quasi mathématique, – à la structure narrative complexe de ses contes et à l'élégance de sa plume, sublimée de ce côté-ci de l'Atlantique par la traduction de Baudelaire – pour ne pas parler de réécriture. Autant d'écueils sur lesquels se sont brisées les tentatives les plus diverses et force est de constater que Deux yeux maléfiques ne déroge en rien à la règle.
Dans la seconde partie de ce diptyque, Argento s'attaque au Chat noir avec la volonté farouche de moderniser ce grand classique de la littérature fantastique. On y retrouve ainsi un Harvey Keitel en photographe mondain vouant une haine sans bornes aux félidés, une épouse éthérée sortie tout droit d'une conférence pour la paix dans le monde et un couple de retraités petits-bourgeois et fouineurs dont la femme est interprétée par la Kim Zira Hunter de La planète des singes (le grimage en moins il va sans dire). Si, dans les grandes lignes, Argento respecte cette fois le support original, paradoxalement ce souci de nouveauté semble bien dérisoire aujourd'hui. Atmosphère vieillotte, personnages ringards, looks rétros et cet affreux béret dont est constamment affublé Keitel (suite à un pari perdu?), tout paraît incroyablement daté dans cette production contemporaine, à tel point qu'on se demande qui était là avant, du film ou de la nouvelle. On aurait volontiers pardonné à Argento cet égarement passager s'il nous avait tenus en haleine avec une intrigue digne de ce nom mais il saborde celle-ci à mi-parcours et pastiche à deux reprises la fameuse scène de «l'emmurement», tuant ainsi l'œuf dans la poule et avec lui nos derniers espoirs de voir une bonne adaptation du maître du fantastique.
Dans la première partie, George Romero s'ingénie à découvrir La vérité sur le cas de M. Valdemar. Choix pour le moins étrange avant même la première prise de vue. Récit cérébral et statique qui concentre son action dans la chambre d'un vieil homme à l'agonie, ce petit bijou d'horreur pure – dans sa conclusion – ne se prêtait guère à pareille adaptation. Romero en est bien conscient et, tel un zombie frondeur, pimente son histoire en y incorporant pêle-mêle une femme adultère, un médecin véreux, un héritage convoité… Il ne manque plus que JR et le tour est joué. Fort de son expérience, le réalisateur de La nuit des morts-vivants parvient toutefois à distiller un minimum de suspense jusqu'à ce que son fragile édifice ne s'effondre avec l'arrivé d'un Valdemar transfiguré façon Mister Freeze. Romero fait alors du Romero et nous livre un final étonnamment mollasson de sa part, à des années-lumières de la vision cauchemardesque – «une masse dégoûtante et quasi liquide, une abominable putréfaction» – décrite par Poe.
Note : 10/20
15 août 2009
8. CRONOS de Guillermo Del Toro
De quoi ça parle ? :
Un vieil antiquaire entre fortuitement en possession d’un mystérieux objet qui donne la vie éternelle.
Un peu d'histoire :
C’est tout bonnement le tout premier métrage du sieur Del Toro !
Remarqué et récompensé dans bon nombre de festivals fantastiques dont ceux de Bruxelles et de Porto, Cronos a remporté pas moins de huit Ariels (l'équivalent mexicain des Oscars) dont ceux de meilleur film et de meilleur réalisateur en 1994. Le film était même le représentant officiel du Mexique dans la course au meilleur film étranger.
Que du trivial :
Cronos marque la rencontre entre Guillermo Del Toro et l'acteur américain Ron Perlman, que le réalisateur retrouvera neuf ans plus tard en chasseur de vampire dans son Blade 2 puis en Hellboy. Egalement à l'affiche de Cronos, Federico Luppi participera, lui, au tournage de L'Echine du diable.
Note imdb (sept. 2009) : 6,7 /10 (4980 votes)
Avis partagés :
1° Berardo :
J’ai vraiment accroché grâce au point de vue original porté sur ce genre ultra codifié qu’est le film de vampire. La première partie s’axe sur le rajeunissement et tout ce que cela engendre de positif. La suite sera d’autant plus sombre, vous l’aurez compris. Le revers de la médaille comme on dit. Del Toro montre déjà les prémices de son talent par des plans justes et une mise en scène sobre et au diapason. La preuve : il filme tout aussi bien l’avidité sanguine du héros agenouillé dans les toilettes publiques qu’il accompagne harmonieusement les acrobaties des protagonistes lorsque le film nous offre quelques cascades. D’ailleurs, ce combat vertigineux augurera son futur penchant pour les scènes d’action !
Les complications pour Jesus (le héros) prendront la forme d’un mourant qui convoite le Cronos et de son sbire écervelé (un Ron Perlman dans un rôle de composition of course !). Il trouvera un allié de fortune chez sa mutique petite fille qui vivra ses multiples transformations sans broncher. Même s’il a déjà trouvé la mort une première fois, Jesus finira par se sacrifier sur l’autel de l’innocence humaine, nous offrant pour le coup une image finale digne d’un tableau de grand maîtres !
Un premier film emballant qui, pour moi, supporte assez bien le poids des années. Il a le mérite de respirer une certaine sincérité et, par la même occasion, je pense qu’il supplante aisément le premier film que le réalisateur tourna sous les sirènes d’Hollywood : Mimic.
Ber
Note : 16/20
2° Olivier
Pour son premier long, Guillermo del Toro transpose le mythe transylvain du vampire dans son Mexique natal. Exit donc l'immense manoir lugubre surplombant de vastes contrées enneigées et place au bouillonnement incandescent d'une cité d'Amérique latine haute en couleurs et qui vit au rythme des mariachis. Il n'est pas question non plus de créatures malfaisantes aux dents longues qui se repaissent du sang de leurs victimes mais d'un objet mystérieux, le Cronos, qui, s'il confère la vie éternelle, «vampirise» son porteur et lui donne l'apparence d'un soldat playmobil. Ce lourd fardeau échoit à un vieil antiquaire du nom de Jesus Gris qui va devoir faire face malgré lui à la convoitise d'un homme d'affaires véreux obnubilé par le Cronos et à la folie meurtrière de son neveu et homme de main incarné par ce diable de Ron Perlman, futur Hellboy de del Toro. A la luminosité chaleureuse des premiers instants, ce dernier oppose progressivement la froideur clinique d'un milieu interlope qui sert de creuset à la métamorphose physique et morale d'un Jesus Gris tour à tour maître et esclave de la machinerie diabolique qu'il a sortie du néant. S'il n'est pas exempt de tout reproche – manichéisme, personnages typés – Cronos nous tient en haleine jusqu'au bout grâce à un rythme savamment dosé et un scénario original sur lequel souffle un vent de romantisme. Il a surtout le mérite d'avoir révélé au grand jour un réalisateur talentueux qui a acquis ses lettres de noblesse avec les succès publics et critiques de Hellboy et du très poétique Labyrinthe de Pan. En attendant Bilbo le Hobbit…
Note : 14/20
08 juin 2009
7. THE BROOD de David Cronenberg
De quoi ça parle ? :
Un homme fait tout ce qu’il peut pour protéger sa petite fille des griffes de son épouse qui est enfermée dans un institut psychiatrique des plus douteux.
Un peu d'histoire :
Quatrième long métrage de David Cronenberg, Chromosome 3 a reçu le prix du Jury de la Critique Internationale, ainsi qu'une mention spéciale, lors du Festival International du Film de Catalogne en 1981.
Que du trivial :
Le titre français est « Chromosome 3 » tandis que le titre québécois se présente comme « La clinique de la peur ».
Contrairement à ce que le titre français pourrait laisser croire, il ne s'agit nullement du troisième volet d'une série de films.
Note imdb (mai 2009) : 6,7 /10 (5186 votes)
Avis partagés :
1° Berardo :
Cronenberg s’est toujours situé quelque part entre la science fiction et l’épouvante et ce n’est pas cette œuvre de sa filmographie qui nous fera penser le contraire.
Il s’aventure ici dans les eaux de la psychiatrie en s’offrant les joies d’un néologisme dont il a le secret. Il sera question de la thérapie du « psychoprotoplasme » qui verra les patients extérioriser leurs problèmes mentaux en modifications organiques. Là, on entre dans le vif du sujet en plongeant dans la plus grosse obsession du réalisateur : l’horreur viscérale.
En ce temps là, j’ai l’impression qu’on avait la bonne recette pour réussir ce genre d’entreprise. Pas de chichis, ni de digressions inutiles, juste une histoire glauque qui se déroule devant nos yeux conquis avec une efficacité que je qualifierais de clinique.
On aura droit à quelques meurtres assez amoraux (il fallait oser le lynchage de la maîtresse en pleine classe maternelle) et à un visuel très freaks, le tout baignant néanmoins dans un environnement assez réaliste. C’est un peu la force du cinéma de Cronenberg, qui même s’il grossit le trait via un visuel assez choc et grandiloquent dans la difformité des corps, son propos n’en demeure pas moins dans un univers des plus plausibles, ce qui nous maintient pendu aux filins de ses pellicules.
On est donc face à un très bon petit film sans prétention qui offre à notre auteur canadien préféré la chance de nous illustrer de la meilleure des manières un nouvel échantillon de son esprit assez perturbé.
Ber
Note : 16/20
2° Olivier :
Un savant fou comme tout savant qui se respecte met au point une technique révolutionnaire qui consiste à extérioriser ses tourments intérieurs et autres bisbrouilles liées à une enfance malheureuse sous forme de psychoprotoplasmes, sortes de tumeurs cancéreuses apparentes aussi esthétiques qu’un bec-de-lièvre sur le minois d’Angelina. C’est dans ce contexte progressiste qu’une série de meurtres particulièrement atroces va faire basculer dans l’horreur le quotidien nauséeux d’une famille décomposée tombée sous le joug despotique du savant susmentionné. Sur un sujet pourtant propice à une monstrueuse parade, Cronenberg, tel un de ses personnages dans une scène mémorable, accouche d’un film d’une grande sobriété formelle et s’intéresse tout autant aux meurtrissures de l’âme qu’à celles de la chair au fil d’un récit où la tension va crescendo. Par petites touches impressionnistes, il dresse le portrait d’une société déshumanisée et déshumanisante dans laquelle la science se fait le vecteur de nos angoisses et de nos peurs les plus profondes. Chromosome 3 préfigure ainsi La Mouche qui poussera à son paroxysme mutations génétiques et dérives parascientifiques. Un jalon essentiel donc dans l’œuvre de Cronenberg, docteur ès mutilations physiques et psychologiques incontesté !
Olive
Note : 15/20
05 avril 2009
NUIT DU FANTASTIQUE 2009
The last house on the left de Dennis Iliadis (USA)
Synopsis :
Les Collingwood possèdent une maison isolée, sur les berges d'un paisible lac. C'est là, qu'un soir, leur fille, Mari, et sa copine Paige se font enlever par un psychopathe évadé, Krug, sa compagne Sadie, son frère Francis et son fils, Justin. Laissée pour morte, Mari tente désespérément de contacter ses parents, John et Emma, qui sont sa dernière chance de survie. Elle se réfugie dans une cachette qu'elle croit sûre, mais la bande l'y retrouve, et le cauchemar reprend de plus belle. Sitôt informés du drame, John et Emma Collingwood se rendent sur place, prêts à toutes les extrémités pour sauver Mari. Les tortionnaires de leur fille maudiront à jamais le jour où ils échouèrent dans "La Dernière maison sur la gauche"...
Avis collectifs :
Disons le tout de go, on est face au remake d’un film subversif de Wes Craven des années 70. La question de la légitimité d’une telle entreprise se pose toujours. Est-on là pour épater la galerie en misant sur une surenchère de violence grâce aux effets spéciaux actuels ou bien en train de remettre au goût du jour un film oublié qui trouve un véritable écho dans notre société actuelle ? Pour moi la balance reste en équilibre sur un gros point d’interrogation…
Donc si on voit le film sans à priori, celui-ci se divise en trois parties bien distinctes qui maintiendront le spectateur dans un état de tension permanent. Comme dans tout bon survival, on aura droit au vibrant hommage à Delivrance. Toute la petite épopée dans les bois où deux jeunes filles vont servir de chair à pâtée à la bande de sadique renvoie directement au film de Boorman.
Ensuite, le spectateur devra contenir ses nerfs dans une sorte de petit intermède que je nommerai « hospitalité malsaine ». Très efficace, cette scène va servir de pivot au film car quand les parents vont se rendre compte qu’ils hébergent les tortionnaires de leur chère fille, leur esprit vindicatif va s’exprimer de la plus sanglante des façons.
Tout le final est d’une violence inouïe. La caméra va devenir même un peu trop nerveuse sur les changements de plans.
A l’autopsie, le film ne révolutionne en rien le genre mais il a quand même le mérite d’ouvrir le bal de notre nuit fantastique de la meilleure des façons : avec qualité et quelques litrons de sang !
Et je dirai même que par son image finale (un petit indice pour la mémoire : petit four portatif), il provoquera un élan d’applaudissements jouissifs d’une assemblée de connaisseurs.
Ber
Ce qui est intéressant dans ce film c’est qu'il y a une gradation de la violence. Et les plus "gores" ne sont pas forcement les tortionnaires, les parents de la petite Marie ne se débrouillent pas si mal. Les objets de la vie courante peuvent faire beaucoup de dégâts physiques. La fin est tirée en longueur mais la scène finale en apothéose vaut la peine de patienter.
Lau
En 2008, [REC] nous avait d’entrée de jeu cloués à nos sièges et récoltait un large succès critique et populaire. Si l’on ne s’attendait guère à une répétition de l’histoire en ouverture de cette quinzième nuit – montoise – du film fantastique, force est de reconnaître que The last house on the left constituait une belle mise en jambes pour ce nouveau marathon cinématographique. Sans révolutionner le genre, ce remake du film de Wes Craven, à la croisée de Funny Games et de La petite maison dans la prairie, distille son lot de suspense et d’hémoglobine et nous livre une recette de gratin de tête pour le moins originale. Reste que cet honnête slasher n’est pas à mettre devant tous les yeux tant par sa scène de viol à la limite de l’insoutenable que par l’auto-justice immorale délivrée par cette famille vengeresse qui noie son chagrin dans le sang de ses bourreaux.
Olive
Passengers de Rodrigo Garcia (USA)
Synopsis :
A la suite d'un effroyable accident d'avion, une jeune thérapeute, Claire
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25 mars 2009
6. LA SINDROME DI STENDHAL de Dario Argento
De quoi ça parle ?
Une jeune femme inspecteur de police italienne qui souffre du syndrome de Stendhal (c-à-d d' une hypersensibilité face aux grandes oeuvres d'art) est la proie d'un dangereux maniaque sexuel.
Un peu d'histoire :
Réalisé en 1996 par Dario Argento. C'est le premier film italien à utiliser des images générées par ordinateur (CGI).
Que du trivial :
Le syndrome de Stendhal est appelé ainsi en référence à l'écrivain français Stendhal qui a vécu une expérience similaire lors de son voyage en Italie, lors de son étape de Florence, en 1817.
Dario Argento a essayé d'avoir en première intention Bridget Fonda et puis Jennifer Jason Leigh pour jouer le rôle d'Anna.
Ennio Morricone a utilisé pour sa partition musicale sous tension une musique d'ambiance qui garde la même tonalité qu'elle se joue à l'endroit ou à l'envers.
Note imdb (décembre 2008) : 6,2 /10 (7135 votes)
Avis partagés :
1° Berardo :
Argento emprunte à nouveau les sentiers du Giallo, genre qui a fait sa grande renommée. Fort est de constater que le maître a bien du mal à négocier sa fin de carrière tant ses chefs-d’œuvre sont indéniablement attachés au seventies et eighties.
Pourtant ici, bons nombres d’ingrédients prometteurs sont bel et bien présents : une jeune femme hantée par un serial-killer violeur dans les ruelles de villes mythiques italiennes, un contexte intéressant par le biais de la maladie de l’héroïne qui souffre du méconnu syndrome de Stendhal ou encore le personnage du tueur qui est interprété par un Thomas Kretschmann halluciné.
Même si la maladie psychosomatique est ma foi assez bien traitée, on constatera un aspect assez désuet des effets spéciaux lorsque l’actrice principale se fond littéralement dans les tableaux des grands maîtres.
Mais le ratage ne se situe pourtant pas là. Non, le bât blesse véritablement au niveau du scénario et du rythme du métrage.
Le film nous apparait finalement assez long et l’histoire peine à maintenir un semblant de crédibilité de bout en bout. Déjà que l’héroïne (Asia Argento assez moyenne) se fait violer deux fois ( !!!!!!!) par le meurtrier et qu’une fois l’enquête bouclée, le réalisateur nous ballade sur une voie un peu plus alambiquée, sur un fin fil qui oscille entre peur fantomatique et délire psychiatrique qui est loin d’emballer le film dans un final réussi.
A la limite de l’ennui, le spectateur attends une révélation finale qu’il anticipe déjà boiteuse et ses seuls soubresauts n’apparaîtront que lorsqu’il décochera quelques sourires sur les quiproquos au sujet du prénom du nouvel amoureux frenchy d’Asia Argento (Il s’appelle Marie et ça, ça ne s’invente pas !)
A partir d’un matériel de base enthousiasmant, Dario Argento se perd quelque peu dans une entreprise qu’il a voulue trop ambitieuse. Car il y a quelques scènes qui fonctionnent réellement (le tueur qui passe son œil au travers de la joue trouée d’une de ses victimes, la claustration de la victime dans la grotte remplie de graffitis, le maniaque qui joue avec une lame de rasoir avec sa langue, Anna qui se peinturlure totalement dans un élan psychiatro-artistique) mais elles se perdent dans un ensemble qui est loin de faire l’unanimité.
Un Argento mineur qui prouve que la Giallo a terriblement de mal à se refaire une cure de jouvence !
Ber
Note : 11,5/20
Olivier :
L’enfer est pavé de bonnes intentions. Celle de prendre pour fil conducteur de son récit le syndrome de Stendhal était on ne peut plus louable de la part d’Argento. Imaginez. Une jeune inspectrice – Asia Argento, fille du maître – en mission à Florence s’en va visiter la galerie des Offices. A la vue de la naissance de Vénus de Botticelli, de la Méduse du Caravage et autres chefs-d’œuvre artistiques, elle éprouve un certain émoi qui va très vite se changer en profond malaise. Celui-ci atteindra son paroxysme lorsqu’en contemplant la chute d’Icare de Bruegel (pourtant exposé à Bruxelles, quid ?) elle se noie littéralement dans le tableau puis s’effondre, victime du syndrome de Stendhal. On s’attend alors à ce que la chasse à l’homme – en l’occurrence un tueur en série – qui l’a conduite de Rome à Florence nous gratifie d’un récit policier mâtiné de fantastique et d’onirisme. Las ! Certes le psychiatre dépêché sur les lieux a beau jeu de préciser – à raison – que ses symptômes n’en sont que passagers, on aurait préféré que le syndrome de Stendhal, quitte à faire sourire les puristes, serve de clé de voûte à l’intrigue. Que l’héroïne soit contrainte de mener son enquête à travers un voile dont les rêves et l’imagination constitueraient la trame. Au lieu de cela, le récit, après ce début de bon augure, verse dans le thriller plus conventionnel. Un thriller de bonne tenue, stylé et aux connotations érotico-sadiques, mais qui périclite curieusement jusqu’à un dénouement des plus grotesques. L’amateur du genre risque donc de rester sur sa faim malgré de belles promesses initiales. Dommage !
Olive
Note : 13/20
09 mars 2009
5. BELOW de David Twohy
De quoi ça parle ? :
Durant la seconde guerre mondiale, 3 rescapés d’un navire hôpital anglais sont secourus par un sous marin de guerre américain.
Un peu d'histoire :
David Twohy a fait ses armes sur l’écriture des scénarios de Critters 2 en 1988 (aie aie aie), de Wateworld en 1995 (ouille ouille ouille), de GI Jane en 1998 ou encore du Fugitif (93). Below est, quant à lui, sorti en 2003
Que du trivial :
Passionné par l’univers des sous-marins, Darren Aronofsky, le scénariste du film, avait envie d’écrire un huis clos angoissant qui se situerait dans un endroit confiné. La confrontation d’un groupe avec trois étrangers dans un sous-marin était précisément ce qui intéressait le réalisateur de Pi.
Le livre que Claire ramasse est un recueil des écrits de Shakespeare. La page est ouverte sur « Macbeth », l’histoire d’un fantôme vengeur qui hante son meurtrier.
Holt McCallany a appris plusieurs figures de yoyo pour étoffer le personnage de Loomis. Durant le film, il effectue ainsi le « Walk the dog », le « Brain twister » et le « Around the world ». Son coach, Brian Cabildo, est crédité au générique de fin.
Note imdb (décembre 2008) : 6,2 /10 (7135 votes)
Avis partagés :
1° Berardo :
C’est un Berardo aux anges qui appréhende cette œuvre qui marie judicieusement deux ses genres favoris. Etant un inconditionnel du film de sous marin, quelle n’était pas ma joie au vue de la géniale idée de l’agrémenter d’une bonne dose de fantastique.
De plus, l’entreprise sied parfaitement à David Twohy, grand faiseur de cinéma bis devant l’éternel (la saga de Riddick, The arrival). Tout est réuni pour passer un bon moment devant son écran et je ne cacherai pas plus longtemps mon enthousiasme lorsque j’ai rangé le dvd dans son étui de protection après la vision du film.
Aux premières tensions émanant des confrontations guerrières du sous marin contre des bateaux à la surface, vont vite s’ajouter quelques éléments fantastiques liés à un secret qu’entretiennent quelques membres gradés de l’équipage. Au vu du pitch, on aurait parié que ce serait les rescapés qui amèneraient le danger mais c’est bel et bien dans le sous marin qu’un fantôme vengeur manifestera son courroux.
Un disque se place mystérieusement seul sur sa platine, des voix inquiétantes susurrées à travers les murs et d’autres étrangetés vont se répéter à travers le temps. Tout sera assez vite relié à une prétendue malédiction qui a pris son origine à la mort mystérieuse du commandant principal bien avant le repêchage des rescapés.
Bloqué au fond de l’océan, après une attaque de tentacules agrippeuses d’un vaisseau ennemi, l’équipage va être soumis à encore plus de malchance (accident lors de la réparation à l’extérieur, explosion due à une trop forte teneur en hydrogène de l’air de la salle des machines) et lorsqu’ils arriveront à se dépêtrer de cette situation, ce sera pour constater que leur gouvernail se trouvera bloqué, les menant inexorablement là où le commandant déchu veut les emmener.
Chacun ira de sa crise de folie. Que ce soit le nouveau commandant totalement paralysé par la peur ou son second qui prendra tout bonnement la fuite ( j’vous dis pas ce que cela donne à des milliers de mètres de profondeur !) quand son reflet à la glace ne fera plus preuve de simultanéité (superbe effet au passage !). Mélangez claustrophobie et frayeurs et vous verrez que la panique n’est jamais loin.
Pour moi, on est vraiment face à une réussite typique de film à petit budget et qui tempère ses effets afin de maintenir une ambiance pesante de bout en bout.
Ben oui le concept m’a emballé et le film m’a complètement enchanté en réussissant à renouveler un peu le film de sous marin qui à l’habitude ne se résume qu’en conflit tactique et en mutinerie de l’équipage.
Continuez ainsi Monsieur Twohy !
Ber
Note : 15,5/20
2° Olivier
Si le pitch de départ augurait du meilleur avec l’équipage d’un sous-marin confronté à une « horreur surgie des profondeurs » (Lovecraft n’est pas loin), il s’avère finalement que le pétard était mouillé. Rien de plus normal me direz-vous en pleine mer. La réalisation a beau être de bonne facture avec quelques scènes haletantes dans les coursives innombrables d’un sous-marin de guerre, on ne peut en dire autant du scénario, pourtant cosigné par le brillant Aronofski. Sans vouloir lever le voile sur un final décevant, il faut signaler que celui-ci converge vers un événement tragique survenu peu avant le début de notre aventure. Problème : cette tragédie n’est évoquée ensuite que par de brefs flash-back dénués d’émotion, au point tel qu’on se désintéresse rapidement du sort des malheureux protagonistes de ce qui pourrait passer de prime abord pour un fait secondaire. Le postulat fantastique ne sert par ailleurs qu’à justifier ce retour aux sources « spatio-temporel ». Là où l’on était en droit d’espérer quelques frissons en ces lieux où le silence, l’obscurité et l’isolement règnent en maître, on assiste à une débandade progressive de matelots poltrons et superstitieux devant des phénomènes paranormaux qui auraient à peine fait sourciller le moins bravache des Bisounours. Un film fort convenu en somme à réserver aux claustrophobes au dernier degré. Eux y trouveront peut-être leur compte. Pour les autres ce sera un coup dans l’eau !
Olive
Note : 11/20
30 janvier 2009
4. TROUBLE de Harry Cleven
De quoi ça parle ? :
Un jeune homme va inexorablement perdre pied suite à sa rencontre avec un frère jumeau dont il ignorait totalement l’existence.
Un peu d'histoire :
Le film a remporté le Grand Prix du festival du film fantastique de Gérardmer 2005.
Que du trivial :
Harry Cleven ne voulait pas de story-board. Il a donc, durant la préparation du film, opté pour un pré-film en vidéo, fait avec des étudiants et une caméra de surveillance.
Note imdb (décembre 2008) : 5,4 /10 (251 votes)
Avis partagés :
1° Berardo :
Même si n’y a aucun élément fantastique, ni d’horreur dans ce film, son côté thriller psychologique très extrême lui ouvre grand le chemin de mon blog spécialisé.
Cleven essaie de nous amadouer dès le départ par un générique in utéro tout en poésie. Mais on comprend très vite à quoi on a affaire lorsqu’on pénètre, lors de la première scène, dans la tête du héros, Matyas, blindée de bribes refoulées liées à son enfance. Ces remémorations restant très vaporeuses au réveil, Matyas vit dans un bonheur certain dont l’arrivée prochaine d’un deuxième enfant doit encore égayer le quotidien. Le drame va pourtant vite s’installer au sein de sa famille avec l’arrivée d’un frère jumeau sorti de nulle part. Ce dernier, manipulateur et mystérieux, va perturber au plus haut point notre héros. Matyas va sombrer dans une étrange crise identitaire pour laquelle son frère jouera, en lieu et place de bouée salvatrice, le rôle de sac de lest qui l’enfoncera encore plus dans sa schizophrénie. On aura droit à des scènes qui font froid dans le dos. Comme celle où le jumeau réapparu propose à son frère d’assister à sa place à l’accouchement de sa femme parce qu’il défaillit à la seule vue d’une goutte de sang. Le malaise va se faire de plus en plus prégnant à mesure que le métrage se déroule. J’en veux pour preuve cette scène où Matyas, ayant oublié ses clefs, frappe à sa propre porte et est accueilli par son fils enlacé dans les bras de son frère jumeau. Au plus le héros va perdre ses repères, au plus le jumeau va s’engouffrer dans cette faille.
Tout tourne indéniablement autour d’un secret que le frère veut réveiller insidieusement dans la tête de Mathyas. Celui-ci cherchera les éléments partout où c’est possible. Chez un père déchu et sans voix qui ne s’exprimera que par la violence (superbe Gourmet) ou chez l’épouse de son frère qui l’entraînera dans un jeu tout aussi pervers que le plat principal. Toutes les entreprises du héros ne feront qu’aggraver la situation insoluble.
La dernière demi-heure fera monter encore d’un cran la tension du film. Dans le décor de la maison d’enfance, la tragédie va trouver son point d’orgue et les masques vont définitivement tomber. Le spectateur va se retrouver totalement bluffé et la déstructuration du héros va prendre un tournant vraiment très inattendu sur le final. Plutôt que de clôturer le film sur une fin heureuse ou dramatique, Cleven préfère offrir au héros une sorte de nouveau départ teinté d’une totale immoralité.
On ne peut pas parler toutefois de film parfait. Certaines scènes fonctionnent moins bien (le bras de fer fratricide par ex.) mais le film a la chance de s’appuyer sur un scénario de haute volée, ce qui le place sur des sentiers où on ne peut que lui reconnaître une qualité indéniable de l’ensemble.
Et dire que l’on est face à du cinéma belge ! Dommage qu’aujourd’hui (en 2009) on n’ait pas plus de nouvelles du réalisateur qui aurait du rebondir sur ce succès d’estime. Magimel s’en sort très bien dans ce double rôle pas évident.
A l’instar d’un Dead Ringers (Faux-semblants en vf), la gémellité trouve un superbe support dans le cinéma de genre. Il est ici traité de façon viscérale avec très peu de dialogue explicatif sur le ressenti des personnages. Cela doit se vivre avec les tripes et je peux vous assurer que l’expérience est assez troublante pour le spectateur. C’est ainsi que l’on se rend compte que le titre du film s’accorde autant aux personnages du film qu’aux cinéphages qui le regardent.
Ber
Note : 16/20
2° Olivier
Il n’est pas rare que le cinéma francophone se prenne les pieds dans le tapis quand il y va de sa petite production à la sauce hollywoodienne. A fortiori en matière de thriller. Aussi était-on en droit de s’attendre à une énième resucée du genre avec à la clé scénario bancal, réalisation fauchée et rires involontaires en guise de sueurs froides. Il n’en est rien ! Harry Cleven évite avec brio le piège de la parodie et signe un film personnel de très bonne facture. Ici, pas de serial-killer façon Se7en, de romancière machiavélique aux poses lascives ou de « conseiller en orientation » cannibale. Trouble joue la carte émotionnelle et nous emmène sur les traces d’un jeune père de famille – Benoît Magimel, impressionnant d’ubiquité – qui retrouve son frère jumeau dont il ignorait l’existence et avec lui un passé « trouble » qui peu à peu va resurgir au gré d’une quête identitaire filmée avec élégance. A la grande surprise et à la curiosité des premiers instants vont très vite succéder le doute, l’incompréhension et la méfiance. Et notre bon père de famille de basculer inexorablement de l’autre côté du miroir tendu par ce frère énigmatique qui va se substituer à lui à mesure que le passé rattrape le présent jusqu’à une révélation finale des plus inattendues. Un très bon thriller au bout du compte avec – cerise sur le gâteau – la présence au générique des talentueux Olivier Gourmet et Natacha Régnier. Cocorico !
Olive
Note : 15/20
15 décembre 2008
3. QUELLA VILLA ACCANTO AL CIMITERO de Lucio Fulci
De quoi ça parle ? :
Un scientifique et sa famille emménagent dans la maison de son mentor qui s'est suicidé afin de poursuivre ses travaux.
Un peu d'histoire :
La maison près du cimetière (1982) représente le dernier métrage mémorable de Fulci dans le domaine du macabre. Cette pièce est en effet considérée par les aficionados du maître comme la dernière carte de sa quadrilogie entamée avec L’Enfer des zombies (1980), appelé aussi Zombie 2 qui se veut une sorte d’extension du Zombie de Romero et poursuivie avec Frayeurs (80) et L’Au-delà (80).
Que du trivial :
Les premières cassettes VHS du film sorties aux USA avaient leurs bandes magnétiques endommagées, ce qui rendait la vision du film assez confuse.
Apparemment la mort de l’agent immobilier était à l’origine plus longue et plus atroce et incluait un arrachement des yeux . Elle a été coupée parce que Fulci estimait que l’effet n’était pas assez réaliste.
L’incrustation avant le générique de fin d’une ligne de l’écrivain Henry James (“Les monstres sont-ils des enfants, ou bien les enfants sont-ils des monstres ?”) dénote une volonté du réalisateur de donner à son œuvre un aspect moins réducteur que celui qui pouvait être généralement attaché à sa filmographie dans les années 1980.
Note imdb (décembre 2008) : 6,1/10 (2720 votes)
Avis partagés :
1° Berardo :
Il était un temps où le cinéma transalpin faisait figure d’ambassadeur de qualité dans le genre horrifique. Ces chefs de file s’appelaient Dario Argento, Mario Bava ou encore Lucio Fulci. Force est de constater que tout cela a bien changé aujourd’hui et que le savoir faire est plutôt à rechercher du côté des espagnols à l’heure actuelle. Il faut donc replonger dans un passé plus si récent pour retrouver quelques pépites italiennes.
Est-ce que cette Maison près du cimetière en fait partie ? Oui et non je dirai.
D’abord, on a affaire à un scénario ultra basique, celui de la maison hantée où l’enfant est plus réceptif aux manifestations et où l’épouse va essayer vainement de convaincre son mari de déménager. Passé ce postulat, Fulci peut mettre en image son univers d’horreur gothique dans lequel la maison fait office de réceptacle tout en bois menaçant. Le réalisateur va se muer en une sorte de peintre qui ne se servirait que de sa palette de rouge pour illustrer des scènes chocs dans un gore outrancier. Et tout en gros plan svp ! Même si cela peut ressembler par moment à de l’esbroufe, moi j’adhère totalement à ce parti pris cher au sieur Fulci. Il nous époustouflera d’ailleurs dans le final avec une sorte d’opéra sanglant en sous sol (l’antre du funeste est un exemple du genre) où le masque du tueur tombera. Son freak est particulièrement réussi à mes yeux et sa démarche anorexique et chaloupée le rendent des plus inquiétant. L’épilogue, quant à lui, se révèlera abrupt et fantasmagorique. Comme si la résolution de l’intrigue nous échappera toujours tel un secret volatile.
Un petit mot aussi sur l’ambiance musicale du film qui alterne des morceaux obsédant de Rizzati mêlé à d’inquiétants pleurs d’enfants dont on ne verra jamais la provenance. Glaçant.
Malheureusement l’argumentaire ne se résume pas qu’aux bons points sériés ci-dessus. On se demande si Fulci n’a pas oublié d’exploiter quelques bribes scénaristiques qu’il a essaimées dans son film. Je pense prioritairement au fait que les habitants du village rupestre prétendent avoir déjà vu par le passé le docteur fraîchement arrivé en compagnie de sa fille (alors qu’il n’a qu’un fils !). Intentionnel ? Coupure au montage ? Mystère…
Un charme désuet émane également avec les images un peu granuleuses qui nous évoquent le bon vieux temps de la VHS et même si le film a plus de 25 ans (arghhhhhhhh les modes vestimentaires de l’époque !!!!), le plaisir de voir ces pellicules pleine de verve, d’imagination et d’un déni de la censure est non feint pour un fan de genre comme moi qui traverse les âges avec cette tare pour la quelle aucun médicament n’a encore réussir à l’en défaire…
Sans être un chef d’œuvre incontesté, ce film a le mérite de susciter un regard assez approbateur du fan d’horreur lambda.
Ber
Note : 14/20
2° Olivier :
Soyons franc : je ne connaissais pas du tout Lucio Fulci. D’ailleurs quand on me parle de cinéma italien je pense aux westerns spaghetti de Sergio Leone, aux pitreries du duo Bud Spencer-Terence Hill et aux décolletés pigeonnants de Monica Bellucci (un cinéphile plus averti aurait cité Fellini, Moretti et Benigni mais vous pardonnerez à n’en pas douter mes bas instincts). Quant au cinéma fantastique italien c’était pour moi un concept aussi abstrait que la bière sans alcool ou la scission de BHV. Surprise donc que la découverte de cette maison près du cimetière !
Dès les premières minutes le ton est donné. Sur une bande-son des plus inquiétantes – grande réussite du film – une jeune fille est sauvagement assassinée puis traînée sur plusieurs mètres dans son propre sang. Hématophobes s’abstenir ! Car s’il n’oublie pas de peindre un tableau convaincant et a priori idyllique d’une Amérique aisée retranchée dans ses demeures de style victorien et de camper des personnages plus torturés qu’il n’y paraît, Fulci est avant tout passé maître dans l’art de sublimer le passage de vie à trépas. Au fil d’un récit où la tension va croissante à mesure que ses personnages prennent conscience de l’Horreur qui les entoure, Fulci montre son savoir-faire en matière de gorges tranchées, de corps lacérés et de coups de poignard bien sentis (c’est un euphémisme). Il filme les torrents de sang qui s’écoulent des chairs meurtries comme Thierry Michel filme le fleuve Congo. Avec passion, dévotion et par hectolitres. Le mieux étant l’ennemi du bien, le film dans sa conclusion – expéditive – verse dans le Grand-Guignol avec sa créature hideuse façon Boris Karloff mais Lucio Fulci aura eu le mérite, bien avant l’ère du numérique, de démontrer qu’il n’est nul besoin d’une batterie d’ordinateurs pour susciter la peur et l’angoisse. Et, d’un point de vue personnel, qu’il existait un autre cinéma italien !
Olive
Note : 14/20
13 novembre 2008
2. IN THE MOUTH OF MADNESS de John Carpenter
De quoi ça parle? :
Un détective, chargé par une compagnie d’assurance, part à la recherche d’un mystérieux écrivain disparu en plongeant au plus profond de l’univers des livres de l’auteur.
Un peu d’histoire :
Ce film sort des pellicules d’un réalisateur déjà rompu à l’exercice du cinéma de genre : Halloween, la nuit des masques (1978), The thing (1982), Le prince des ténèbres (1987). En cette année 1994, à l’instar de Christine (1983), il rend un vibrant hommage à l’univers de Stephen King avec le film chroniqué dans ce blog. Apparemment, il clôturait également sa « trilogie de l’Apocalypse » dont The thing et Prince of darkness sont les deux premières franges.
Que du trivial :
Lors du générique de fin, après le message habituel indiquant qu'aucun animal n'a été maltraité durant le tournage, on peut lire : L'interaction humaine a été contrôlée par l'Association Psychiatrique Inter-Planétaire. Le nombre de morts étant élevé, les pertes humaines sont lourdes.
Après que Sutter Cane ait dit “ Est-ce que je vous ait dit que ma couleur favorite est le bleu ?”, on se rend compte que durant tout le film, chaque fois qu’il y a un gros plan sur un acteur, ses yeux sont bleus, prouvant ainsi le pouvoir de Sutter Cane.
Le personnage de Sutter Kane est clairement basé sur l’ami de Carpenter, Stephen King. Il fait même référence aux origines de King dans la Nouvelle Angleterre avec sa ville imaginaire, Hobb’s end , perdue dans cet état, tout comme la célèbre Castle Rock de Stephen King.
Les six romans utilisés par Trent pour localiser la ville de Hobb’s end sont : “ The Hobb's End Horror", "The Feeding", "The Whisperer in the Dark", "Something in the Cellar", "The Breathing Tunnel" and "In the Mouth of Madness".
Les références aux “Grands anciens” par Sutter Cane sur certaines représentations de monstres dans ses livres et qui prennent vie par la suite, sont des allusions au « Mythe de Cthulhu » de Howard Philips Lovecraft.
Note imdb (octobre 2008) : 6,9/10 (11280 votes)
Avis partagés :
1° Berardo :
On est ici en plein dans la mise en abyme d’un pauvre quidam à l’esprit sain. Rationnel jusqu’au bout des ongles, il va plonger dans un univers où fiction (la ville et les personnages créés par l’écrivain) et réalité (le monde réel) ne font plus qu’un. Le résultat à l’écran est au-delà de toute espérance. Cette ambiance hors norme transporte le spectateur dans une dimension sans frontières, sans repères, le laissant se dépêtrer de l’intrigue au gré des révélations d’un réalisateur plus que malin. Ca fonctionne du tonnerre avec des effets spéciaux artisanaux loin d’être honteux (j’adore le défilé de monstre difformes qui tentent de pénétrer notre dimension). L’amalgame entre la réalité et la fiction ne va cesser de monter crescendo et va pousser la population mondiale dans une hystérie collective car en proie à la peur poussée à son paroxysme (métaphore de la peur véhiculée par les médias ?).
En moins d’une heure trente, Carpenter clôture son chef d’œuvre lors d’une scène de pure aliénation (où comment le personnage principal du film découvre sa condition d’acteur !) dont le décor n’est autre que l’endroit où les premiers fans du film naîtront : une salle de cinéma. Génial !
Ber
Note : 16/20
2° Olivier
En 1954 dans Les filles de la nuit (Librio n°234, La dimension fantastique vol. 2), Jean-Louis Bouquet écrivait « je me suis souvent demandé si, animant tant de héros et d’héroïnes au fil de la plume, je n’engendrais pas, tout de bon, des êtres précaires, fragiles, mais enfin doués d’une vie sensible en un univers particulier, où chacun guetterait, tremblant, les caprices monstrueux de son démiurge. »
L’antre de la folie illustre à merveille cet état d’âme. Entre effroi et fantasmagorie, il pose les questions existentielles de l’identité, de la quête de soi et du rapport qu’entretient chaque être, fût-il de chair ou de papier, avec son créateur. Qui sommes-nous? D’où venons-nous? Où allons-nous? Et en quoi les dieux que d’aucuns vénèrent seraient-ils moins irréels que les créatures innommables issues de l’imagination fertile de Sutter Cane et, par extension, de Lovecraft? Car c’est bien dans la mythologie de l’auteur de Providence que Carpenter puise son inspiration pour donner vie à son personnage, sorte de Stephen King maléfique, et à ses noirs desseins de règne sans partage. Et lorsque John Trent prend conscience de sa condition de pantin et ne trouve que la folie pour unique échappatoire, c’est le spectateur lui-même qui doute de sa propre tangibilité et se noie dans un maelström d’interrogations dont il n’aura probablement jamais les réponses.
C’est la grande force de L’antre de la folie qui fait partie de cette rare catégorie de films qui mêlent adroitement fantastique, horreur et réflexion. Pour ma part j’en suis toujours à me demander qui je suis mais comme un autre – réel ou imaginaire – l’a dit avant moi : « La vérité est ailleurs ! »
Olive
Note : 17/20














